lundi 19 février 2018

Scandale d’exploitation sexuelle au sein de la mission d’Oxfam en Haïti: Médecins Sans Frontières, Oxfam et d'autres groupes cherchent à en diminuer l'impact après avoir reconnu des cas graves d’abus




Port-au-Prince, 19 février 2018- (AHP).- Le scandale des abus sexuels commis en Haïti par des employés d’OXFAM après le tremblement de terre de janvier 2010, jette la panique au sein de plusieurs ONG, après que de nombreuses voix eurent appelé à la suspension du financement de l'ONG britanique , qui a reçu cette année 35,7 millions d'euros du gouvernement anglais, soit 8% de ses ressources annuelles.

Pas seulement Oxfam mais ausi Médecins Sans Frontières et d'autres groupes cherchent à diminuer l'impact des cas graves d’abus après avoir les avoir  reconnus, selon ds informations receuilles par l’agence Reuters.

Le manuel d'éthique des Nations Unies décrit ces événements comme "un échec catastrophique". Autrement dit, l'échec dévastateur d'une action qui provoque l'effet contraire à celui recherché.

Dans ce cas, il est question d’une attaque contre  ceux que l'on devrait protéger. Depuis une semaine, le scandale d’abus sexuel et de  corruption qui secoue l'ONG Oxfam, un géant de l'aide humanitaire britannique, répond non seulement à cette definition, mais  il éclaire aussi les zones d’ombres d'une activité louable et respectée.

Pour la plupart des gens, un travailleur humanitaire est quelqu'un qui s'occupe avec énergie et  désintéressement  de  personnes qui ont besoin d'aide d'urgence pendant ou après une crise.

Cette image altruiste pourrait pourtant n’être qu’un mythe. Pour la simple raison que quiconque est capable d'aider, a aussi un  pouvoir sur les autres. Et beaucoup en profitent souvent.

Le scandale, dont l'onde de choc ne cesse de s'étendre, a débuté la semaine dernière, lorsque la presse britannique a rapporté qu'Oxfam avait organisé des orgies avec des prostituées dans leurs locaux et residences, après le tremblement de terre en Haïti, qui a fait plus de 220 000 morts et laissé sans abri  1.5 million de personnes en 2010.

Des employés d'Oxfam auraient fait de même au Tchad en 2006 et auraient violé des femmes au Soudan du Sud.

En plein scandale, après une cascade de critiques et de mise à l’index de personnalités prestigieuses, face au risque de perdre leurs sources de financement officielles et privées, Oxfam a fait cette semaine son mea culpa, pour lâcher Penny Laurence, directrice générale adjointe.

Mais cette ONG n'est pas un cas isolé. Pour les employés et les chercheurs du secteur humanitaire, l'incident en Haïti n'était que la goutte d'eau. Pendant des décennies, soulignent-ils, des employés d'ONG auraient exploité des personnes qu'ils étaient censés aider.

Les abus sexuels dans le secteur humanitaire couvrent une variété de victimes, de comportements et d'organisations. Parfois, ce sont des employés qui agressent sexuellement leurs collègues, alors que le cas d'Oxfam démontre un autre type de problème: les ONG ou les travailleurs de l'ONU qui exploitent sexuellement ceux qu’ils devraient aider.

Les modes d'exploitation vont du harcèlement au sexe, en passant par l'échange d'aide pour le sexe, et le viol, selon un document des Nations Unies de 2016.

Les employés humanitaires savent cependant que le recours à la prostitution est un motif de licenciement. Le Comité interinstitutions, dont les membres comprennent l'ONU, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale, est précis dans ses textes: "Presque partout, la plupart des femmes qui se prostituent, en ont été contraintes[.. .] Le sexe forcé est l'un des seuls moyens à leur disposition pour obtenir l'argent nécessaire à leurs besoins de base », note-t-il.

Le problème est que les coupables d’abus sexuels    sont conscients qu'ils ne risquent pas trop.

L'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a déclaré que l'année dernière, elle avait 24 cas internes d'abus sexuels. L'International Rescue Committee (IRC) admet qu'il y a eu trois cas de même nature, lors de ses opérations en République démocratique du Congo.

"Le problème est également vérifié aux Nations unies et dans d'autres ONG", confirme l'avocate Megan Nobert, fondatrice de l'association Report the Abuse, qui a dénombré les délits sexuels commis par des humanitaires entre 2015 et 2017.

Depuis 2002, plusieurs enquêtes d'organisations de protection de l'enfance ont montré des violations graves. L'une d'entre elles, de l'ONG Save the Children en Haïti, au Soudan et en Côte d'Ivoire, a constaté que les employés de plusieurs organisations humanitaires obligeaient les filles à «entretenir des relations lesbiennes» et les filmaient en échange de rations alimentaires ou d'argent.

Dans d’autres cas, ce sont des membres de missions de paix de l'ONU qui sont incriminé. En 2014, un rapport de cette organisation a dénoncé que des soldats stationnés en République centrafricaine, en particulier, le contingent français, agressaient sexuellement des garçons - certains âgés de 8 ans - en échange de nourriture ou d'argent.

"Les soldats de ces missions utilisent même un nom pour nommer ces gars-là: les bébés de gardiens de la paix," a dit Donovan.

Pour Paula Donovan, , il est peut-être temps d'obtenir un solide engagement en faveur de la tolérance zéro dans la communauté humanitaire.

Conscientes de cette réalité, la plupart des ONG se dotent de codes éthiques interdisant explicitement l'exploitation sexuelle et surveillent attentivement les CV de leurs candidats. Alors, pourquoi n'y a-t-il aucun moyen d'éradiquer ces comportements?

"Nous avons des règlements, des politiques précises et des procédures pour y parvenir", déclare Judith Greenwood, directrice de CHS Alliance, une ONG basée à Genève. "Ce qui manque, c'est le contrôle pour les appliquer", dit-elle.

Selon toutes les études réalisées, les crimes sexuels commis par des employés humanitaires n'ont généralement pas de conséquences graves pour les auteurs. Dans un rapport de 2015 sur les crimes sexuels commis par des soldats dans des missions de maintien de la paix, l'ONU a reconnu «un grave échec institutionnel pour répondre de manière significative».

Au milieu du scandale d'Oxfam, plusieurs voix appellent à la suspension du financement de l'ONG, qui a reçu cette année 35,7 millions d'euros du gouvernement britannique, soit 8% de ses ressources annuelles.

Mais même le plus critique, comme Megan Nobert, victime lui-même d'une violation dans le cadre de son activité humanitaire par un fournisseur de l'ONU au Soudan du Sud en 2015, défend le travail de ces organisations.

"Ce serait une grave erreur", prévient-il. "Tous les travailleurs humanitaires ne commettent pas d'actes d'abus sexuel, la grande majorité travaille dur et honnêtement sur le terrain pour réduire la pauvreté et aider les gens."

La plus grande ONG de secours medical MSF, a reconnu que l'année dernière il y a eu 24 cas internes d'abus sexuels, qui ont conduit au licenciement de 19 employés; les cas se sont produits dans plusieurs projets développés dans différents pays.

L'ONG fondée en 1933 à l'initiative d'Albert Einstein, qui aide les personnes persécutées pour des raisons raciales, politiques ou religieuses, a reconnu cette semaine que des employés de son organisation avaient commis trois cas d'abus sexuels en République démocratique du Congo. Au total, ils ont reçu 37 plaintes pour fraude, abus et corruption dans ce pays.

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