samedi 17 novembre 2018

Les députés de l'opposition écrivent au président Jovenel Moïse


Port-au-Prince, le 14 novembre 2018

Monsieur Jovenel MOISE
Président de la République d’Haïti
Palais National.-

Monsieur Le Président,
Dans un pays où la loi est d’application stricte et il existe un système électoral fiable, vous ne
seriez pas au timon des affaires de l’Etat. La faiblesse des Institutions étatiques, un Conseil
Electoral au service de l’oligarchie et du pouvoir exécutif, un Parlement majoritairement acquis
au Parti politique TÈT KALE vous ont permis de devenir Président de la République d’Haïti, le
7 février 2017.
Au lieu de poser des actions constructives pour agrandir la petite porte par laquelle vous êtes
arrivé au Palais National, vous vous êtes lancé de préférence dans une vaste entreprise de
corruption (Caravane de changement, gaspillage des fonds publics, nomination de juges
corrompus, distribution d’argent à longueur de journée à des Députés et Sénateurs de votre
majorité), obstruction à l’enquête sur l’utilisation du Fonds Petro-Caribe, révocation illégale du
Directeur Général de l’UCREF et celle de l’ULCC suivie de la nomination de son remplaçant
par Monsieur Bazile, un ancien Ministre de l’Intérieur sans décharge et qui n’a jamais, à date,
fait sa déclaration de patrimoine.
Cette situation a accéléré le processus de dégradation du pays au point de vue politique,
économique et social et l’a conduit au sommet des pays pratiquant la mauvaise gouvernance. La
note de la Banque de la République d’Haïti(BRH) pour le mois d’octobre 2018, confirmant un
déficit budgétaire de plus de 20 milliards de gourdes et une inflation en hausse, la déclaration du
Ministre de l’Economie et des Finances, Monsieur Ronald DECEMBRE, le jeudi 25 octobre
2018 confirmant que la situation économique et financière du pays est calamiteuse, consacrent
l’échec de votre administration, Monsieur le Président.

La tendance accélérée du taux de change, conséquence de l’arrêté présidentiel du 1er mars
2018 publié dans le journal officiel de la République d’Haïti, au Moniteur # 38, faisant de la
Gourde l’unique monnaie à utiliser pour les transactions commerciales dans le pays, pousse
les agents économiques à conserver leur épargne en devises étrangères. Ainsi la décision de
dédolariser les transactions commerciales, loin d’atténuer la montée vertigineuse du taux de
change, a contribué à compliquer le quotidien du peuple haïtien, particulièrement les plus
démunis.
Force est de constater que l’économie nationale est en berne et tous les indicateurs sont au rouge.
Votre présidence et vos deux gouvernements qui se sont succédé (MOISE/LAFONTANT et
MOISE/CEANT), ont fait des choix économiques hasardeux qui se révèlent suicidaires pour la
République. En fait, vous vous êtes allié à des affairistes, faisant de la politique par
transhumance, qui, fort de leurs trafics d’influence, s’invitent dans tous les dossiers juteux qu’ils
monnaient au gré des retro-commissions sur fond de détournement de l’argent public, sans
oublier leurs participations à tous les capitaux actifs des différentes sociétés juteuses.
Monsieur le Président, la gestion calamiteuse de votre administration conduisant au désastre de
l’économie haïtienne, vos stratagèmes et ceux du Premier Ministre Jean Henry CEANT pour
embourber le procès Petro-Caribe, aggravent la méfiance existant entre vous et les agents
économiques du pays.
Il convient de signaler que, même dans l’immédiat, des décisions économiques sont incapables
de ralentir la descente aux enfers de notre économie, dans l’ambiance de contestation générale
que vit la nation haïtienne. La seule action raisonnable et rationnelle qui peut stopper cette crise
multidimensionnelle, est la reprise immédiate de confiance des agents économiques et de la
population en général dans les autorités monétaires et politiques, ce qui est fondamentalement
impossible avec votre administration et le gouvernement CEANT.
Opprimés par les colons, les esclaves furent révoltés pour obtenir leur indépendance, suite à la
bataille de Vertières, le 18 novembre 1803. Opprimé par la dictature duvaliériste, le peuple
haïtien révolta et continue de lutter pour implanter dans le pays la démocratie réelle. Opprimée
par le système de corruption, la population haïtienne est entrain de perdre patience et a entamé
un processus de révolte. Moins de Six Cent Mille électeurs vous ont voté dans des conditions que

l’on sait. Le 17 octobre 2018 plus de Deux Millions de citoyens et citoyennes viennent de gagner
les rues pour réclamer, d’une part, un procès juste et impartial contre ceux qui ont dilapidé le
fonds Petro-Caribe et de l’autre, votre démission.
En conséquence, plus d’un croient, Monsieur le Président, que le Premier Ministre Jean Henry
CEANT et vous, sont dans l’obligation de démissionner pour permettre aux forces vives de la
nation Haïtienne de repenser l'Etat républicain sur la base des idéaux de justice, d'égalité, de
dignité, d'inclusion et du bien-être collectif. Cela implique de fait la dissolution du Parlement.
La démarche desdits Députés ne vise que le chambardement de ce système pourri, inhumain
s'installant dans le pays depuis des siècles. Rappelez-vous que la durée de l’oppresseur se mesure
par la patience de l’opprimé.

Recevez, Monsieur le Président, les salutations patriotiques des Députés signataires.

Député Joseph Manès LOUIS
Commune de Cabaret
Député Jean Robert BOSSE
Commune d’Aquin
Député Roger MILLIEN
Première Circonscription de la Commune de Port-au-Prince
Député Reynald EXANTUS
Commune de L’Estère
Député Bertrand SINAL
Commune de Port-salut

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